Crédit photo : Gaëlle Girardeau

Le : 24 novembre 2021, par Anna Cotard

Gaëlle Girardeau

Co-fondatrice de COOD

L'essentiel

“Ce qu’adorent les enfants, c’est le côté créatif ! Ils vont toujours plus loin que ce à quoi on avait pensé”

 

Gaëlle Girardeau est la co-fondatrice, avec Arnaud de La Bédoyère, de COOD, une plateforme d’éducation numérique alliant le côté cool et good du jeu. A la base, Gaëlle voulait devenir enseignante, mais, elle ne s’est pas reconnue dans les pratiques de l’éducation nationale qui pointent les échecs, alors qu’ils sont une étape essentielle de l’apprentissage.

Par ailleurs, son passé tant dans ses études que professionnel, a été consacré aux usages marketing du numérique dans des grands groupes tel que Microsoft. Elle a été confronté aux travers qui entourent l’euphorie d’Internet. Ses expériences ont éveillé son désir d’éduquer les jeunes à des usages responsables du numérique. C’est son objectif à travers COOD : apprendre à manipuler les outils numériques pour éveiller cette prise de conscience.

Gaëlle nous parle aussi du numérique et des filles, de transdisciplinarité, et de lien intergénérationnel.

Interview

Bonjour Gaëlle, pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour, je suis Gaëlle Girardeau, co-fondatrice avec Arnaud de La Bédoyère, de la plateforme d’éducation au numérique par le jeu : COOD.

COOD est la contraction de COOL et GOOD, c’est-à-dire apprendre tout en s’amusant. Je crois qu’une des meilleures façons d’apprendre, c’est par le jeu !

A la base, j’aurais voulu devenir maîtresse d’école. J’ai fait mes études dans le marketing digital et la communication, puis, pour achever mon master en communication et multimédia, j’ai rédigé mon mémoire sur les usages d’internet dans les lycées (aux débuts d’Internet). J’ai enchainé chez France 5 éducation pour alimenter le mini-site. C’est mon premier pied dans l’apprentissage par le jeu. Puis, pour des raisons économiques, je suis rentrée chez Microsoft. Au départ, je m’occupais du ciblage publicitaire (Cookies), et par la suite, je me suis occupée de monétiser la publicité sur internet (les données).

Travailler avec les gros acteurs qui ont fait internet m’a fait prendre conscience de l’envers du décor. Internet a un potentiel incroyable, mais il n’est pas utilisé à bon escient. Et contrairement à ce que l’on pense, les jeunes n’utilisent pas tout le potentiel d’internet et n’ont pas conscience de tous ses dangers. Il faut l’enseigner ! Pour bien utiliser le numérique, il faut comprendre comment il fonctionne. La technologie évolue très vite. Il faut donc donner les clefs pour apprendre et comprendre la logique. C’est pour ces raisons que j’ai créé COOD. Cette plateforme pédagogique permet de développer des compétences du numériques à travers 2 univers : le Cood studio, l’éditeur de jeu vidéo et moteur de créativité, qui permet de comprendre la logique du code, et ainsi, de décoder la programmation; et le cood académie, une application mobile d’e-learning pour acquérir les compétences du numérique et se préparer à la certification PIX.

 

Est-ce que vous jouez ?

Avec la vie d’entrepreneure, j’ai beaucoup moins le temps de jouer. D’une certaine manière, en testant les jeux de COOD, je joue… Mais pour mes usages personnels, c’est vrai que je joue moins qu’avant. Quand je joue aux jeux vidéo, c’est toute seule ! J’adore la saga Mario Bros. Et comme j’ai la Switch, je joue plutôt à des jeux de plateforme tels que les nouveaux Puyo Puyo Tetris. Globalement, si je gagne, ça va !

Sinon, j’aime bien tester les jeux de détective sur mobile, comme A Normal Lost Phone, où le gameplay repose sur une enquête destinée à retrouver le propriétaire d’un téléphone perdu en fouillant à l’intérieur.

Par ailleurs, j’ai installé une routine de jeux de société le dimanche en famille. On adore jouer à Villainous ! L’avantage de ce jeu est que chacun incarne un méchant de Disney et annonce ses propres règles. Ainsi, une infinité de combinaisons est présente. Aucune partie ne se ressemble, donc on ne peut pas se lasser 🙂

 

Parlez-nous de cood. Quels sont les usages concrets que vous en avez fait ?

A la base, COOD était destiné aux écoles, mais, nous l’avons élargi à d’autres publics !

Nous proposons des parcours collaboratifs, où l’objectif est que chaque groupe, composé de 3-4 élèves, arrive à créer un jeu vidéo dans le temps de l’atelier. Les interventions peuvent durer entre 6 à 10 semaines, à hauteur de 1 à 2h par semaine. Chaque groupe est muni d’un carnet de bord pour checker l’avancée du jeu ainsi que d’un kit d’accompagnement et d’un suivi pédagogique des intervenants de COOD.

L’apprentissage du numérique fait partie du programme de mathématiques et de technologie au collège. Or, les professeurs n’ont pas toujours toutes les clefs en main pour pouvoir aider convenablement les élèves. Notre objectif avec COOD est de leur apporter les outils nécessaires pour les aider.

En plus, dans le jeu, il n’y a pas que de la programmation !  Le game design, nécessitant l’intervention de différentes compétences, est tout aussi important.

Ainsi, pour créer un jeu, toutes les matières scolaires peuvent être mises en action. Aussi bien le Français, pour l’écriture du scénario, que l’art plastique pour tout ce qui est de la cohérence artistique (visuel, assemblage de couleur…), ou encore la musique pour l’ambiance du jeu, les Maths et la Techno pour ce qui est de la programmation,… La thématique de jeu choisie ajoute un professeur dans l’équation. Une thématique comme le Moyen Âge par exemple, nécessiterait l’intervention du professeur d’Histoire-géographie.

Ce parcours ludique d’apprentissage permet donc à la fois d’initier les enfants aux usages du numérique, de valoriser leur travail de création, et de leur faire comprendre l’importance et l’utilité des matières fondamentales, telles que les mathématiques (pour déplacer un personnage, il faut utiliser l’axe des abscisses et des ordonnées). Ils ont une application concrète des cours théoriques. Tout d’un coup, les notions abordées deviennent utiles.

Mais, les écoles ne sont pas les seules à profiter de la plateforme ! Lors de la semaine de l’éducation par exemple, nous avons participé, en partenariat avec le Réseau Canopé (Réseau de création et d’accompagnement pédagogique), à un Hackathon de 4 heures avec France TV sur l’éducation aux médias et la sensibilisation aux fake news.

Nous proposons également la plateforme aux mairies, pour mener des parcours ludiques dans des centres de loisir : par exemple, une des choses intéressantes faite avec la mairie de Santeny fut un atelier intergénérationnel. Nous avions rassemblé dans chaque groupe, une personne âgée (venant de maison de retraite) avec un jeune de centre de loisir, sur la thématique du patrimoine de la Ville.  Globalement, le jeune était plus à l’aise avec les outils numériques tandis que la personne âgée s’occupait davantage de l’écriture et de raconter l’histoire de la ville. Les deux s’enrichissaient mutuellement. C’était un super projet !

En fait, l’avantage du jeu vidéo, c’est que la créativité n’a pas de limites.

 

La créativité n’a pas de limites. Que voulez-vous dire par là ?

Souvent, les enfants ont de trop grandes ambitions. De ce fait, ils peuvent se décourager et abandonner, mais en les accompagnant la plupart transforment ce semi échec en opportunité.  Ils prennent des chemins de traverse par rapport à leur objectif de départ. Et tout le monde repart avec quelque chose. C’est ça qui est super intéressant ! Ce qu’adorent les enfants, c’est le côté créatif ! Ils vont toujours plus loin que ce à quoi on avait pensé. Et ça, c’est génial ! Finalement, ce sont leurs idées toujours plus innovantes qui font avancer la plateforme également !

Leur travail est le reflet de leur implication dans le jeu. J’ai reçu un beau témoignage d’un enseignant en REP (réseau d’éducation prioritaire) qui nous remerciait en soulignant qu’ils n’avaient jamais vu des jeunes aussi concentrés et appliqués, qu’on avait réussi à leur redonner le goût de l’apprentissage. C’est juste formidable ! Preuve que l’apprentissage par le jeu leur a permis de donner du sens aux cours théoriques.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à utiliser le jeu comme médium ?

Franchement, je pense que c’est la manière dont est fait l’éducation jusqu’à présent…

J’ai vécu une scolarité où on pointait du doigt l’échec. Je trouve ça dommage. « Tu as obtenu zéro, donc tu es mauvais », ça démotive ! Or, il n’y a plus d’échec dans le jeu. Le Game over invite à apprendre. Échouer ouvre des opportunités pour réussir la  prochaine fois. La ténacité s’acquiert par le jeu. Quand on perd une partie, ou qu’on apprend à marcher et qu’on tombe, on se relève, on a envie de retenter jusqu’à y arriver. L’attirance pour le jeu transcende les cultures et les âges. C’est universel. On aime le jeu à tout âge. L’apprentissage naturel se fait par le jeu. Intégrer le jeu dans l’éducation est complémentaire du besoin de théorie. Le jeu n’est pas seulement là pour le divertissement. Quelques fois, médicalement parlant, son utilisation devient essentielle. Il n’y a qu’à voir comment le jeu est utilisé avec la réalité virtuelle pour guérir des traumatismes. Le jeu peut aussi avoir beaucoup de bienfaits.

Outre ce rapport à l’échec que je voulais changer, la mixité manque dans les métiers du numérique. Je fais partie d’une association, Women in Games, qui se bat pour la mixité dans l’industrie du jeu vidéo. Peu de femmes se dirigent vers les métiers de la technologie. Je ne sais pas pourquoi. Sans doute à cause des codes de genre mis sur les matières scientifiques.

On observe que les petites filles en CM2 et 6e sont souvent les plus réticentes aux ateliers de programmation… Mais quand, avec COOD, on leur fait prendre conscience qu’en créant du jeu, elles font des mathématiques, elles changent d’opinion sur cette matière ! Et une fois qu’elles sont dedans, elles déchirent ! Même si elles commencent l’activité avec un apriori négatif, elles sont souvent meilleures que les garçons.

 

Est-ce que vous avez vu d’autres utilisations du jeu qui vous ont touchées ?

En termes d’éducation, les méthodes Montessori ! L’apprentissage est valorisé par l’autonomie, par le faire soi-même, et je trouve ça génial. Mon garçon de 8 ans est revenu de son école, tout content d’avoir « appris tout seul ». Le principe est formidable et inspirant en éducation !

C’est ce qu’on essaie de faire avec COOD. Cood ne vous apprend rien, vous allez tout faire tout seul.

Pour créer la plateforme, on s’est inspirés du MIT (Massachusetts Institute of Technology) à Boston : Scratch.  En revanche, ce logiciel éducatif n’initie qu’à de “petites choses”. Nous, on voulait vraiment qu’ils puissent créer un jeu, le partager à leur famille, pour valoriser leur réussite. Quand on voit la fierté des enfants, contents de montrer leur travail, c’est formidable !

 

Avez-vous de nouvelles envies, de nouveaux projets ?

Pour le moment, j’aimerais continuer à développer COOD pour les plus jeunes. Si notre offre de parcours pédagogiques se limite pour le moment aux collégiens, ce sont les 8-9 ans qui ont le plus envie !

Puis, quand on aura réussi à bien développer COOD en France, on projette d’élargir la plateforme à l’international.

 

Aller plus loin

En savoir plus sur Gaëlle Girardeau

Gaëlle Girardeau – Linkedin 

 

Ceux qui ont été cités

Arnaud de la Bédoyère – Linkedin

COOD – Site

France 5 éducation – SiteMinistère de l’éducation

Lumni – Site (plateforme de France TV éducation)

Microsoft – SiteWikipédia

Cood studio – SiteWebinaire d’initiation à COOD studio

Cood académie – SiteApplication

Certification PIX – Service publicWikipédia 

Switch – NintendoWikipédia 

Disney – SiteWikipédia

Semaine de l’éducation – Site de COODFacebook Lumni 

Réseau canopé – SiteWikipédia

Hackathon – WikipédiaFacebook de COOD

France TV – SiteWikipédia

Ateliers inter-générationnel – Mairie de SantenySite COOD

REP – Ministère de l’éducationWikipédia 

Women in Games – SiteWikipédia 

Les méthodes montessouris – Découvrir MontessoriWikipédia 

MIT à Boston – Site Wikipédia

 

Les jeux qui ont été cités

Mario Bros – Wikipédia Culture Games 

Puyo puyo Tetris- Steam Wikipédia 

A Normal Lost Phone – Wikipédia Jeux vidéo 

Villainous – Tric Trac

Scratch – SiteEducationWikipédia