Crédit photo : F.Rahmouni et A.Zerktouni

Le : 23 septembre 2021, par Fabien Vidal

Le collectif OUNI

Un artiste plasticien, et un danseur chorégraphe

L'essentiel

Création, danse et jeux vidéo, pour “donner la voix à des gens qui n’ont pas forcément la possibilité de s’exprimer

Arthur Zerktouni et Farid Ramouni sont 2 artistes qui utilisent la création numérique et les mouvements du corps dans des médiations auprès d’adolescents, et de publics qui n’ont habituellement pas la possibilité de s’exprimer (migrants, travailleurs du sexe, transgenres…).

Pour ces médiations, ils sont progressivement allés de la création de vidéos à la création de jeux vidéos.

Interview

Le collectif OUNI, c’est un nom mystérieux… Pouvez-vous nous en dire plus ? Qui êtes-vous ?

AZ : Je suis Arthur Zerktouni, artiste plasticien. Je développe une pratique numérique dans l’art contemporain. D’abord c’était avec Pure Data pour générer des sons et des effets visuels interactifs. Puis, au contact de Fabien Vidal, j’ai découvert une autre pratique sur la création de jeux. J’utilise Stencyl.

FR : Je suis Farid Rahmouni, danseur-chorégraphe de formation. J’ai ensuite étudié la notation du mouvement au conservatoire de Paris, ou “comment la danse devient un graphique sur papier”. Puis je me suis ensuite intéressé au cinéma, ou “comment la danse devient pixels sur un écran”.

AZ et FR : Ensemble nous avons créé le collectif OUNI. Nous avons souvent fait des résidences de médiation, sur le thème du “mouvement art”.

 

À quoi jouez-vous en ce moment ?

AZ : J’aime les platformers cinématiques (des jeux de plateforme qui mettent l’accent sur la fluidité et le réalisme des mouvements). Dans ce style, dernièrement, nous avons joué avec mon frère à Inside sur PS4. J’ai beaucoup aimé aussi Shadow of the Colossus. Et je suis également en plein retro gaming avec une NES et une SNES.

FR: En ce moment, sur mon smartphone, je joue à Hacker X qui apprend le hacking et la cybersécurité, et à Genshin Impact, un zelda-like.

Je suis aussi bêtatesteur pour des copains, qui en sont à leur 3e jeu en 3D. Mais je n’ai pas le droit d’en dire plus !

Comment utilisez-vous le jeu dans vos pratiques artistiques ?

Ensemble, nous avons toujours voulu créer une médiation expérientielle : rendre le spectateur actif. Et le numérique était un bon moyen pour y arriver. Ce qui nous a progressivement amenés à utiliser le jeu.

Nous avons eu plusieurs projets. Par exemple  le Chant des Corps Magnétiques, une médiation auprès de mineurs réfugiés. Nous nous sommes rendu compte qu’ils tenaient absolument à sortir du rôle de victime qu’on leur renvoie tout le temps. Pour ça, ils voulaient filmer !

“Donner la voix à des gens qui n’ont pas forcément la possibilité de s’exprimer”.

Ainsi, chacun a réalisé SON propre film. Et à la présentation du projet, pour provoquer les rencontres et la discussion avec le public, chaque jeune brandissait un QR Code qu’on devait scanner pour voir son film.

Nous avons aussi créé les Chiblis, un spectacle de danse tout public où le danseur (Farid) était suspendu par un dispositif mécanique dans un univers du jeu vidéo, projeté sur le mur et contrôlé par Arthur. L’immersion dans le monde du jeu était très efficace pour toucher le jeune public.

Finalement, nous avons utilisé la création de jeu comme support de médiation avec Chépas. Un des objectifs était de faire danser des collégiens. Mais avec de jeunes garçons, il est très difficile de dire “Allez on danse !”. Pourtant en discutant, ils se sont mis à exécuter des mouvements de danse de la victoire du jeu Fortnite.

Alors, nous avons saisi l’occasion ! Nous leur avons proposé de se prendre en photo pour transformer ces poses en personnage pour un jeu de combat. Il a fallu y aller pas à pas, mais ils ont fini par prendre les commandes, et  finalement se sont vus danser sur l’écran !

Comment en êtes-vous venus à utiliser le jeu, et qu’en ressortez-vous ?

D’abord, nous sommes joueurs depuis tout le temps ! C’est un médium qui nous parle.

Dans le cadre des médiations comme Chépas, le jeu nous a permis d’amener tout de suite quelque chose de très ludique aux collégiens et de partager une culture commune. C’était valorisant pour eux : d’un coup, quelque chose qu’ils adorent, mais qui est souvent mal vu est devenu digne d’intérêt !

La création du jeu est aussi un support pédagogique particulièrement riche ! Cela fait appel à de nombreuses techniques -écriture, sciences, culture…- dont les enseignants peuvent se saisir.

Le travail de création lui-même a permis de changer leur rapport à leur corps : ils ont créé eux-mêmes les sprites de leurs personnages, à partir de leurs photos. Et c’est eux-mêmes qui en décomposant le mouvement, se sont rendu compte qu’ils avaient besoin de fluidité. Ils se sont mis à danser !

Par ailleurs, nous avons été surpris par ce que le jeu leur a permis d’exprimer… Cet univers a permis d’ouvrir leur imaginaire, et de raconter des choses très dures, comme la violence, ou le viol des enfants…

Finalement, le fait de rentrer dans leur univers ludique et de leur donner les commandes a permis un apprentissage réciproque : nous avons appris beaucoup d’eux, et cette inversion du rapport “éducation-éduqué” a changé le regard des enseignants sur leurs élèves.

Avez-vous d’autres projets sur le jeu ? Ou des envies de coopération ?

AZ :  À titre personnel, j’ai monté un studio de développement Rature Studio dont l’objectif est de créer un jeu commercialisable. Il sera ludique, mais aussi avec un peu de fond.

J’ai également le projet de faire une résidence avec ElefantCat, un artiste tourangeau qui utilise le jeu comme médium artistique.

FR :  J’ai envie de continuer à utiliser la création de jeu pour libérer la parole de publics qui ne peuvent s’exprimer, comme les travailleurs du sexe, les migrants… Faire avec eux des médiations très ludiques avec des histoires attachées au réel.

Par exemple, j’ai un projet en gestation, où nous avons développé un protocole de travail sur les cultures queers et les populations racisées. Nous pourrions avoir des cycles de 1 semaine pour construire des jeux et les montrer.

 

Nous avons hâte de découvrir ça ! Pour finir, pouvez-vous nous parler d’autres utilisations du jeu qui vous ont touchées ?

AZ : les ElefantCat bien sûr, et aussi Fabien Vidal (le créateur de ce site) qui m’a fait découvrir les jeux sous un nouvel angle.

FR : Je vous conseille Fabrice Planquette de A.lter S.essio, qui associe numérique et chorégraphie

Aller plus loin

En savoir plus sur Farid et Arthur

Les jeux de Rature Studio

Le site de Farid Rahmouni

Le page du collectif OUNI

Ceux qui ont été cités

Les ElefantCat

A.lter S.essio

Les jeux qui ont été cités

Inside – WikipediaSteam

Shawdow of the Colossus – WikipediaPlaystation store

Hacker X – PlayStore

Genshi Impact – PlayStore

Zelda (la franchise) – Wikipedia

Des cas d'usages